Affichage des articles dont le libellé est ANECDOTES. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ANECDOTES. Afficher tous les articles

mardi 16 juillet 2019

Clair de lune sur le champ de petits pois

Clair de lune sur le champ de petits pois

      En 1969, les récolteuses de petits pois  (batteuses automotrices)n'existaient pas encore mais l'époque de la cueillette manuelle était  déjà révolue.
     Cette année-là, la parcelle de petits pois se trouvait au village de Domfos. La récolte s'annonçait bonne, les gousses étaient nombreuses et bien pleines.


     Le secret de la réussite résidait dans le degré de maturité des grains: trop tendres, ceux-ci s'écraseraient dans l'écosseuse, trop durs et ridés, ils seraient refusés par la conserverie.
     Le courtier venait régulièrement visiter la parcelle. Notre père était très exigeant, il voulait obtenir le meilleur rendement, donc le meilleur créneau pour le battage.
     Finalement, rendez-vous fut pris à l'écosseuse pour le lundi 21 juillet à 6h30.
     La veille, dimanche 20 juillet, en début d'après-midi,  munis de crocs à cinq doigts, nous avons arraché toute la parcelle. Lorsque les plants étaient couchés, il fallait faire bon usage de son outil en tirant perpendiculairement à l'implantation des racines.
     Nous les avons laissé faner pendant trois heures et, en fin d'après-midi, nous les avons rassemblés en endains avant d'en faire de petits tas.
     Pas question de les charger tout de suite, la récolte risquerait de chauffer et de fermenter. Cette opération se ferait donc au dernier moment, au bout de la nuit, au clair de lune.




(A SUIVRE)

    

    
    
    

dimanche 23 juin 2019

Les moineaux de Roudouallec

Les moineaux de Roudouallec



Les moineaux

     Je ne vous parlerai pas ici des piafs. Moins nombreux aujourd'hui, ces passereaux édifiaient leurs nids de foin et de plumes sous la charpente des hangars ou dans les trous des vieux murs.  Nous les capturions en plaçant des graines sous un panier maintenu incliné par un bâton auquel était attachée une longue ficelle. Planqués derrière la haie, nous attendions que les passereaux viennent picorer. Et hop! un coup sec sur la ficelle et voilà les piafs capturés. Nous les relâchions bien sûr. Ce n'était qu'un jeu.
 


     Non, les moineaux dont il sera question sont de jeunes sportifs du Cours Moyen de l'Ecole publique de Roudouallec.

     Sous l’égide de L’USEP (Union Sportive de l’enseignement du Premier degré), les écoliers pratiquaient le sport collectif dans le groupe des Montagnes Noires. Ils rencontraient leurs homologues des écoles publiques du Finistère tout proche. (Leuhan, Laz, Trégourez, Plonévez, Saint-Thois). Oui, à l'époque, on s'affranchissait de la frontière départementale et Roudouallec avait des affinités avec le Finistère.

      Les matchs, football pour les gars, ballon-prisonniers pour les filles, se déroulaient le jeudi après midi. Ainsi, nous nous déplacions une semaine sur deux dans le petit car de Maria qui était toujours accompagnée de son petit chien blanc, assis à côté du levier de vitesse. 
 

     À l’approche des grandes vacances, Lee élèves du groupe des Montagnes Noires se retrouvaient également pour des randonnées, pour des courses au trésor au domaine de Trévarez,  des animations sur le thème de la forêt ou encore l'observation de la faune sauvage en compagnie du spécialiste Xavier Grémillet.

     Puis, au fil des années, l’effectif de l’école s’est amoindri et il a fallu abandonner nos amis finistériens et les moineaux se sont envolés.

     C’est à partir de ce moment que nous avons choisi la piscine comme activité sportive hebdomadaire.

     Nous rendions tous les samedis matin à la piscine de Scaër. Une façon agréable de terminer la semaine. Un sport sain, complet, praticable toute l'année. Savoir nager est indispensable, procure du plaisir et peut sauver des vies.

     Mais, revenons à nos sorties du jeudi après midi. Elles se déroulaient toujours dans la bonne humeur; les collègues finistériens étaient très sympas. 
 
     Je me souviens d'un déplacement épique à Saint-Thois. Il faisait un temps exécrablement froid et humide, un temps à ne pas mettre un crampon dehors.
     L'instituteur lanig Sauze, qui avait déjà de la bouteille, nous proposa de changer d'activités. C'est ainsi qu'au lieu de se cailler les miches sur le terrain, nous avions visité sa fosse à vipères (elles hibernaient) avant de déguster un Orangina dans la vaste salle de danse de sa belle-mère, la Reine de Saint-Thois. Les élèves avaient admiré et écouté jouer des pianos mécaniques.

 
 
     Une autre fois, à Laz, il faisait très chaud cet après-midi-là. Les élèves étaient tout transpirants après leur match. 
     Comme le car tardait à venir nous chercher, je leur ai offert quelques bouteilles de jus de fruit  dans un bar qui faisait également épicerie. Excellente initiative, n'est-ce pas. Sauf que, au moment de régler, je me suis aperçu que mon porte-monnaie était resté dans le car. 
     J'ai donc quitté le bar avec mes élèves en promettant à la vieille dame de revenir régler mes dettes dès que le bus serait de retour.     
     Elle n'avait pas l'air rassurée mais m'a accueilli avec un grand sourire quand je suis descendu du car pour la payer.

     

vendredi 14 juin 2019

Les maths modernes

Les maths modernes



     Ils ont fait leur apparition à l’école primaire quand j'ai commencé à enseigner, après 1970.

     Les Instituteurs assistaient à des soirées de formation, à Pontivy en ce qui me concerne. Eh, oui, c'était aussi une découverte pour nous, enseignants.

     Il s’agissait d’apprendre aux élèves à raisonner autrement.

     Je ne vous raconte pas la galère ! Les ensembles, les sous-ensembles, les intersections d'ensembles. Il fallait dessiner des patates!

     Les bases de numération. Les élèves calculaient dans une base donnée. En base cinq, par exemple, les chiffres utilisés étaient 0, 1, 2, 3, 4. Ainsi le résultat de l’addition 3 + 2 est 11.

     À la maison, les parents se prenaient la tête quand ils aidaient leurs loupiots à rédiger les devoirs du soir !

     En classe, fleurissaient les blocs logiques rouges bleus ou jaunes ; petits ou grands ; pleins ou troués ; ronds, carrés ou triangulaires… Les élèves avaient des collections de grains de maïs.

     Un exercice intéressant consistait à établir une carte d’identité pour chaque bloc logique. 
     A l’aide d’une perforeuse et d’une poinçonneuse type PMU, on déterminait les caractéristiques de chaque figure (taille, couleur, forme, troué ou plein). Le trou indiquait que l'élément avait la caractéristique, qu'il était jaune par exemple... 
     En enfilant une aiguille à tricoter à travers le paquet de fiches, on procédait par éliminations successives pour retrouver l’élément recherché. Toutes les cartes avec une encoche étaient éliminées. Seule les cartes trouées étaient retenues par l'aiguille.  Finalement, il n'en restait qu'une: c'était la carte d'identité du bloc logique recherché. 
 C’était un petit pas vers l’informatique. J'appelais cet ensemble de fiches Bristol superposées avec la fameuse aiguille à tricoter, "mon ordinateur".
     Tout ceci pour revenir quelques années plus tard aux mathématiques traditionnelles ou conventionnelles.
     En 1985, Laurent Fabius mettait en place le plan informatique pour tous. Chaque école avait reçu un TO7. Ceci sera l'objet d'un prochain post.


Chaque ministre tient à marquer son passage. 

    

jeudi 13 juin 2019

Pourtant que la Montagne est belle!


Pourtant que la Montagne est belle.


     Ce post pour faire plaisir à mes anciens élèves et pour divertir leurs parents qui s’étaient bien marrés au moment des faits, c’est-à-dire il y a environ 35 ans. Eh oui mes amis, le temps passe.

     Je disposais à l’époque d'une caméra sonore Super 8, d'un projecteur et de tout l'attirail pour le montage de films amateurs. 

     Au retour d'une classe de neige, j’ai entrepris de monter un film afin que les parents voient leurs enfants dévaler les pentes enneigées des Alpes.

     Je visionne les rushs, sélectionne les séquences que je colle dans un ordre chronologique. A certains moments on entend les enfants qui parlent et je conserve leurs dialogues qui rendent toujours le film plus vivant. Sur le reste du film je décide d’enregistrer une bande sonore de circonstance, « La Montagne » de Jean Ferrat. 




     Je dispose d’un matériel assez rudimentaire : un électrophone, un disque vinyle 33 tours, mon projecteur-enregistreur, une visionneuse, une coupeuse-colleuse.

     Plusieurs soirées de travail seront nécessaires car je ne m’appelle pas François Truffaut.

     Après quelques heures d'un laborieux et méticuleux montage, harassé de fatigue, je dépose négligemment mon disque hors de sa pochette sur une tablette près de la fenêtre qui donne plein Sud.

     Lorsque je me remets au travail le lendemain, après la classe, je m’aperçois que le fameux 33 tours est tout gondolé sous l’effet du soleil à travers les vitres.

     La date de la projection publique approchant à grands pas, je dois absolument poursuivre la sonorisation de mon œuvre.

     Je me dis que si le soleil a réussi à déformer le disque, le fer à repasser parviendra bien à lui rendre son état initial.

    Ni une ni deux, je monte à l’étage dans mon appartement de fonction, j’enveloppe le disque dans du papier journal, et zou ! Je le repasse dans tous les sens.

    Rien à faire. Le vinyle refuse de reprendre sa forme et les microsillons ont maintenant un drôle de look. Catastrophe! Le disque est irrécupérable.



     C’est sans doute l'incident qui a décidé que je ne serais jamais un adepte de la table à repasser.

     Pourtant que la Montagne est belle…

mardi 4 juin 2019

Qui l'eut cru ? Le tonnelet a parlé.


Qui l'eut cru ? Le tonnelet a parlé.

     De nombreux métiers ont disparu. Certains se sont éteints avec le progrès, d’autres à cause d'une réglementation de l’état soucieux d'abolir les privilèges dont bénéficiaient encore de modestes agriculteurs.

     Il en va ainsi du métier de bouilleur de cru, commerçant ambulant qui baladait son alambic d'une commune à l'autre.

      Le privilège de bouilleur de cru remonte à Napoléon lorsqu’il accorda un droit d’exonération de taxes pour la distillation de 10 litres d’alcool pur ou pour 20 litres d’alcool à 50°pour ses grognards. … Un nouvel amendement voté au Sénat proroge le droit sur les 10 premiers litres jusqu’au 31 décembre 2010 .

     Le « pot lagout » distillait le cidre pour obtenir cet élixir enivrant, l’eau-de-vie. Pour prétendre à ce breuvage divin ou venin qui bénit le café du breton et dont l'ultime rincette nettoie son bol, il fallait posséder un droit qui se transmettait de génération en génération. Certains agriculteurs prêtaient leur droit à un ami. Ce « droit de bouillir » a définitivement disparu en 2008 en même temps que les derniers ayants droits.

     Mon oncle, grand amateur, faisait du lambig deux fois l'an. Il prétendait qu'il n'y avait rien de tel qu’un coup de gnôle l’hiver pour lutter contre les angines et les rhumes; l’été pour donner un coup de fouet aux corps fatigués par les travaux des champs tout en étanchant leur soif.
"Un café sans lagout ça me dégoûte."

LE FÛT ACCUSATEUR

     La scène se déroule dans une commune voisine où Gégé Lagoutte, dit Papy Louzou, avait installé son alambic pour une semaine. 
      Le cidre ayant été distillé dans la matinée, j'ai eu pour mission de conduire mon oncle après dix-huit heures jusqu’au chantier du "Pot Lagout"afin qu’il récupère le tonnelet contenant le fameux nectar à l'odeur d'éther.
     Une quinzaine de barils marqués à la craie blanche, alignés à proximité de la machine, attendent leur propriétaire.
     Stupéfaction : le tonnelet de mon oncle a déjà été enlevé ! Son absence est d’autant plus remarquable qu’il était tout neuf.
     Le bouilleur de cru déclare que cinq personnes sont venues prendre leur eau-de-vie et qu'il n'a rien remarqué d'anormal. 
     
     C’est alors que me vient une idée géniale.
« Allons boire un verre au "café de la Montagne", proposai-je à mon oncle. Quand nous reviendrons, il ne restera plus qu’un fût avec le nom du voleur écrit dessus. » !
     En effet,  à notre retour, un dernier fût attend toujours son propriétaire et le nom du coupable y est inscrit blanc sur noir! Voilà une enquête rondement menée!
    Nous chargeons le baril dans le coffre et nous rendons directement chez la personne incriminée pour procéder à l’échange des tonnelets.
     A peine confus, le coupable nous explique qu'il ne s'était pas rendu compte de sa méprise! A D'AUTRES! comme on disait au collège...

dimanche 19 mai 2019

Le Pull rouge

Le Pull rouge

     La scène se déroule encore au CEG. de Gourin. A cette époque, la mixité dans les établissements scolaires n'était pas encore imaginable…
     Ce n'est qu'en 1974 que le CEG deviendra Collège mixte F.R. de chateaubriand.
     Après les cours, un élève interne de troisième, dont je tairai le nom, a fugué pour aller en ville, vêtu d'un magnifique pull rouge, rôder du côté du collège des filles pour, vous l'aurez compris, rencontrer sa dulcinée.


     Après avoir rapidement conter fleurette à l'élue de son cœur à travers les barreaux du portail resté clos, l'heure de l'étude approchant, il est revenu vers son établissement en pressant le pas.
     Pas de chance! En face de l'église, une voiture grise le croise: c'est Toto, Monsieur Raulic, le directeur!
     Notre fugitif prend ses jambes à son cou, et par un raccourci, arrive tout essoufflé au collège où il s'installe, comme si de rien n'était, avec ses camarades dans la salle d'étude.
     Ouf! Il l'avait échappé belle!
     Hélas, le soir, au moment du coucher, Toto fait irruption dans le dortoir C, celui des grands.
"Tout le monde au pied de son lit!" s'écrie-t-il, d'un air furieux et malicieux, sûr de son coup. "Que personne ne se déshabille!" Et il passe en revue tous les élèves en commençant par une extrémité du dortoir, qui était tout en longueur.
     "Passe-moi ton pull bleu!" chuchote Lili à son voisin qui ouvre immédiatement son placard et s'exécute. (Zut, le prénom m'a échappé!)
      Lili a tout juste le temps d'enfiler le vêtement à col roulé par-dessus son beau pull rouge qui l'aurait trahit lorsque Toto arrive à son niveau. Pas de fugitif dans la grande chambrée ! 
     Très déçu et surtout très fâché, Toto est reparti sans nous donner d'explication.
   

jeudi 9 mai 2019

Bien fait pour lui!

Bien fait pour lui!


    L’histoire se déroule en ville de Gourin  en mai 1980, je venais d’être élu maire à l’âge de 30 ans.
    C’était le dernier jour de la dizaine commerciale. Une trentaine de personnes faisait la queue devant un écran installé sur la place de la Victoire, plus haut que la mairie avec l'espoir de gagner un Week-end à Jersey.
     J'ai pris place dans la file d’attente, l'œil fixé sur la télé qui déclinait inlassablement des "perdus". Soudain, alors que j'approchais du but, quelqu’un m’a saisi par l’épaule en marmonnant entre ses dents que j’avais passé son tour ! J’ai commencé par contester cette accusation mais vu son état d’énervement, je l'ai laissé me doubler.
     Un petit vieux, assis sur un banc, observait la scène et me faisait des signes en riant. Il pointait son index dans ma direction en remuant la tête comme pour dire oui.
     Mon resquilleur est enfin arrivé devant le stand d'animation et a glissé son ticket dans la fente de l’urne. L'écran a affiché un tonitruant « PERDU » qui m’a fait sourire en cape.
     Puis, ce fut mon tour. La télé a flashé  « Bravo ! C’est GAGNÉ ! » et une musique entraînante a retenti suivie d'un roulement de tambour.
     L’hôtesse m'a félicité sous le regard médusé de mon prédécesseur qui s’en est allé en vociférant des noms d’oiseaux.
     « Tu vois, m'a dit le pépère du banc, je te l’avais dit ! ».
     Comment avait-il deviné que j’allais gagner ? Je ne sais pas… J’ai pensé qu’il y avait probablement un lot tous les cinquante ou tous les cent « joueurs » et que notre observateur s'amusait à compter les gens qui faisaient la queue.
     C’est ainsi que nous avons gagné un week-end à Jersey.

mercredi 20 mars 2019

Le casque dans la poche

Un casque dans la poche




 
 
     Mon oncle circulait toujours à moto. Il en a possédé plusieurs, toutes aussi grosses que pétaradantes. Ensuite, une fois passée la quarantaine, il s'est assagi pour une mobylette, puis pour une voiturette plus confortable. Oh! C’étaient pas des Harley Davidson, non pas du tout, elles ressemblaient plutôt à celles des soldats allemands dans la Grande Vadrouille.

     Mon oncle ne portait jamais de casque. Aux gendarmes qui le contrôlaient, il rétorquait, plein d'assurance, que son casque était dans sa poche! Et il sortait de son porte feuille un certificat délivré par son médecin généraliste et qui attestait une contre indication absolue du port du casque.

     Un soir, pour un quelconque problème d'éclairage, il a été interpellé par la maréchaussée. Contournant à vive allure un pâté de maisons en ville de  Gourin, il avait réussi à semer les gendarmes dans un premier temps. Ces derniers l’ont pris immédiatement en chasse et  n'ont pas tardé à avoir notre fuyard en point de mire. Alerté par la lueur des phares de ses poursuivants, mon oncle a quitté la route soudainement pour traverser un champ en direction d’une ferme éclairée. Sa course folle a été stoppée par une clôture qui l'a projeté au sol. Il a atterri dans une pâture épaisse qui a amorti sa chute. Abandonnant sa moto, il a couru, en traînant la jambe, vers l’étable où brillait une lumière.

     Quatre personnes y étaient affairées à tirer sur une corde pour aider une vache à vêler. Notre motard s’est joint rapidement au groupe pour lui prêter main forte.

     Les gendarmes ont fait irruption dans la crèche quelques minutes plus tard. Ils ont demandé aux hommes, toujours en plein effort car c'était une mise bas difficile, s’ils n’avaient pas vu rôder un individu probablement blessé.

      Evidemment, personne n’avait rien vu ! Tout le monde avait compris!
     La maréchaussée repartie, le tonton a poussé un ouf de soulagement. Au même instant, le veau est venu au monde. On lui a chatouillé les narines avec une paille, versé un peu d'eau dans chaque oreille, désinfecté le nombril avec du lambig et bouchonné le corps avec une poignée de paille. Hop! le voilà déjà debout sur ses jambes branlantes, léché par sa mère.
     Ces deux événements, j'allais dire ces deux délivrances, ont été bien arrosés à coups de grogs à la gnole.
     Mon oncle a récupéré sa moto aidé par le clair de lune et est rentré chez lui fourbu mais soulagé.
     Le lendemain, il était cassé de partout! Mais il avait toujours son casque dans la poche!
 
    

    

Un OVNI

Un OVNI

  
 
     Il n’y avait pas de commodités à la maison, c’était ainsi à la campagne. Ce soir-là, j'ai dû quitter la table pour satisfaire une envie pressante. J'ai descendu les marches de l’escalier extérieur comme l’imposait la "convention collective" avant de me soulager.

 
     Soudain, j'ai vu surgir une boule rouge, bien plus grosse que la lune. Elle a fendu le noir de la nuit en décrivant un arc de cercle dans le ciel au-dessus du hangar avant de disparaître derrière l’horizon.

     Je suis vite rentré et, dans un état d’excitation, j’ai annoncé à toute la tablée le phénomène exceptionnel auquel je venais d'assister. Déception : personne ne m’a cru. Je n’ai croisé que des regards moqueurs ou dubitatifs.

     Seul, mon grand père a pris ma défense : « Si c’est vrai, a-t-il déclaré, on le lira dans le journal dans les jours qui viennent».

     Justice m’a été rendue. Le surlendemain, un petit article relatait l' événement surnaturel, sans doute une météorite.

     Ouf ! Personne ne pouvait plus mettre en doute ma parole; cependant, tout le monde a fait comme si de rien n’était. Inutile de jouer au héros mon petit.

     Ils sont durs les adultes !

mardi 19 mars 2019

L'épouvantail

L'épouvantail


     Il était curieux cet épouvantail. Oh ce n’était pas une œuvre d’art ! D'ailleurs, ce n'est pas la raison d’être d'un épouvantail. Cet affreux jojo est là juste pour épouvanter la gent ailée et autres intrus voleurs de graines, de fruits ou de légumes.
On le voyait de loin. Il était imposant. C'était notre épouvantail.
     C’ est vrai qu'il faisait peur au premier abord. Il était démesurément grand, déhanché, désarticulé, de guingois. Cet échalas avait une posture statique et un bras constamment levé. Il était devenu le pote de tous les automobilistes qui circulaient sur la voie communale face au potager.

     Les enfants avaient beau le narguer, les merles moqueurs se percher sur sa casquette, l'épouvantail restait impassible! Sous son air renfrogné, c'était un bienheureux.
      Perché sur ses longues jambes tordues, qu'on aurait dit  caoutchoutées, il s'appuyait sur sa fourche. Les anciens auraient dit, en ironisant sur une personne peu courageuse, qu’elle donnait le sein à son manche.(Rein bronn d'ar forc'h) 
     Sa tête de citrouille était coiffée d’une casquette bleue trop petite pour son crâne dégarni. Une petite moustache dissimulait son sourire malicieux. Son regard scrutateur inspectait le paysage toujours dans la même direction.
     Il portait un tablier bleu affichant sa devise ou plutôt son éternelle rengaine : que la terre est basse ! Il avait endossé une veste bleu-marine et chaussé mes vieilles galoches.
     Son squelette était en noisetier constitué d’un tronc qui faisait office de colonne vertébrale et de deux rameaux pour les jambes et deux autres en guise de bras ; le tout rembourré de foin.
     Ce qui faisait l’originalité du personnage, en dehors de son aspect général grincheux, c’est qu'il avait toujours le bras gauche en l’air, comme s’il saluait les passants.
     Les automobilistes lui klaxonnaient, lui levaient la main ! Ils pensaient tous que c’était moi le jardinier !
     Souvent, planqués dans la cabane aux poules avec mes petits-enfants, nous guettions les réactions des passants. Et moi, je me disais : « Mais comment peuvent-ils me confondre avec cet escogriffe ? »


samedi 9 mars 2019

Les statues

Les statues


   Il y a deux ans, aux Grandes Canaries, le jour d'une excursion, le car de l'hôtel s'est arrêté à un belvédère afin que les touristes que nous étions puissent profiter d'une vue panoramique exceptionnelle sur cette vallée qui s'apparente à un canyon.

     Une statue représentant un couple à l'élégance noble, trônait près d'un muret, le dos tourné au  précipice. L'œuvre d'art était métallique et scintillait de mille paillettes au soleil encore matinal. Le brillant du métal était comme de la poussière d'argent.

     Ce couple figé sur son socle en imposait par sa prestance. La sculpture ou la moulure était récente car, à son pied, un petit écriteau, en métal lui aussi, indiquait 2016, l'année en cours. Et son aspect était si rutilant!
Tour le monde a immédiatement saisi son appareil photo ou autre smartphone. Et vas-y que je te photographie la statue sous tous les angles, en plongée, en contre-plongée, en mettant en valeur le ravin de l'arrière-plan. Le mari posait à côté des personnages, puis c'était au tour de la femme d'armer son plus beau sourire ; le couple enfin s'accordait deux ou trois selfies pour l'album!

      Tout le monde s'accordait à dire qu'il s'agissait bien là d'un véritable travail d'artiste, d'une œuvre d'art exceptionnelle.
      Ensuite, alors que tout le monde allait se diriger vers le bord du réverbère pour observer la beauté et le pittoresque du site, la fameuse statue métallique, aussi dure que le roc, s'est mise à bouger doucement,  à décrire dans l'espace des gestes aussi lents que gracieux avec les bras pour nous saluer et pour remercier les généreux touristes qui jetaient une pièce dans le coffret à leurs pieds , lui aussi assorti aux personnages.

      Quel effet de surprise quand les personnages se sont animés! Certains, littéralement scotchés, n'en croyaient pas leurs yeux; d'autres, stupéfaits, ont poussé des cris de frayeur. Toujours est-il que nous nous sommes tous fait avoir gentiment par ce couple de mimes!


     


    

vendredi 1 mars 2019

Première ivresse

Première ivresse

     Mon père entreposait ses cinq ou six barrique de cidre au frais dans une petite cabane recouverte de fougères, de joncs et d'ajoncs. La cahute était située à une centaine de mètres de la maison. Mon père y montait fréquemment avec ses copains. Il adorait faire déguster son cidre et acceptait volontiers les compliments.
     Un verre rendu légèrement opaque par l'usage, trônait toujours sur la barrique en perce.

     Il faisait chaud ce jour-là. Après avoir couru par monts et par vaux, avec mes amis voisins, nous décidâmes de se désaltérer. Allez, un verre chacun, puis un deuxième, un troisième enfin… La clé du fût couinait à chaque manipulation.

     Soudain, un cri :"Où êtes-vous?" C'était la mère des voisins qui sonnait le rapatriement.
     Toute la troupe quitta précipitamment la fraîcheur de l'abri, de la taverne, si vous préférez.
     Sur le chemin du retour, j'eus une drôle de sensation: mes jambes en coton ne me portaient plus! Ma marche incertaine me faisait aller d'un côté à l'autre du chemin. Je voyais d'ailleurs deux chemins. 
     Ma tante m'attendait devant la maison pour le shampoing du samedi soir, toilette que j'avais en horreur. Elle m'apparut en double.
     - Mais, que t'arrive-t-il? Tu es complètement saoul! Vous avez bu du cidre! Eh ben c'est du beau. Allez, viens, un shampoing bien frais te dégrisera!
     -Surtout ne le dis pas à papa, l'implorai-je.
     La toilette terminée, je courus comme je pus vers mon lit et tombai immédiatement dans les bras de Morphée.


mercredi 27 février 2019

QUIPROQUO


 quiproquo

Justement,  ce dimanche-là,  taupes étant de plus en plus actives dans ma pelouse, je creusais comme d'habitude sur les galeries à la recherche d'un poste de piégeage idéal.

   Je n'avais pas remarqué la présence, de l'autre  côté de la route, d'un autre retraité du village, Jean, le beau-frère de Pierre.






  

Un outil à la  Un outil à main, il semblait faire la même chose que moi dans le champ d'en face.

   Je l'interpelai car chez nous on doit le respect aux anciens.

   - Bonjour Jean. Comment ca va?

   - Oh ça va, marmonna-t-il.

   - J'en ai marre de ces saloperies de taupes... répondis-je en donnant un coup de pied dans une de ces satanées taupinières qui faisait partie d'un archipel de monticules.

   - Elles sont délicieuses! Hier, avec mon copain Roger, on en a pris trois. On s'est régalés! J'ai jamais rien bouffé d'aussi succulent gast!

   - Comment? Délicieuses? Tu les manges? Beurk!

   - Mais oui bien sûr! Dans la poêle à  frire avec du beurre. Mon Vieux, c'est un régal! Je t'en apporterai une ce soir car je retourne au canal cet après-midi. Je suis sûr que par ce temps orageux, les anguilles seront voraces...


   Vous aurez bien sûr saisi que Jean ne chassait pas les taupes mais qu'il cherchait lui des vers de terre pour la pêche.







  

lundi 25 février 2019

LE PILHAOUER



Le claquement régulier des sabots ferrés d’un cheval résonne sur la route empierrée qui mène au village. Le bruit s’amplifie, s’accélère. Au sortir du dernier virage, apparaît un petit attelage. Un homme moustachu, coiffé d’une casquette est installé à l’avant de la charrette, les genoux écartés, une pipe courte serrée entre ses dents blanches de romanichel. Il agite machinalement les rênes du postier breton qui trotte gaillardement. Le visiteur pousse  des hue et des dia en caressant la croupe de l’animal de la lanière menaçante de son fouet. Le cheval renâcle, frémit des naseaux avant de s’arrêter au beau milieu de la cour carrée de la ferme.— Ho ! Repos Fleurette. Halte ma biche. Bonjour Madame, bonjour petit bonhomme. Je suis le chiffonnier, celui qu’on appelle  le pilhaouer. Vous n’auriez pas un seau d’eau bien fraîche à offrir à ma Fleurette, s’il vous plaît ? Elle meurt de soif.

Maria lui sourit et, considérant les grands sacs bourrés de chiffons et de fripes qui s’entassent pêle-mêle dans sa carriole aux grandes roues en bois cerclées de fer, elle se dirige vers le puits. Elle y précipite le seau en ferraille par-dessus la margelle du trou noir. Le treuil de bois se dévide rapidement de sa chaîne dans un couinement épouvantable. Maria tourne péniblement la manivelle pour remonter le récipient rempli d’eau fraîche. Son geste régulier s’accompagne de grincements. Des gouttes retombent au fond en émettant des sons cristallins. L’attelage s’est maintenant approché de l’abreuvoir. La jument hennit de plaisir avant de se désaltérer en plongeant ses naseaux tout mous dans l’auge en pierre. Maria puise un  un deuxième qu’elle verse dans l’abreuvoir déjà vide. Fleurette la remercie en martelant sol trois fois du sabot avant droit.

— C’est gentil, Ma p’tite dame. Je vous offrirai un p’tit quelque chose. Vous avez sûrement des « pillous » ?

— Oui, j’ai quelques vieilleries que j’ai mises de côté. On m’avait laissé entendre que vous étiez dans le secteur. Vous avez de la belle vaisselle ?

— Eh oui, ma p’tite dame, je viens vous donner le bonjour tous les ans, déclare-t-il en laissant échapper un petit nuage de fumée de sa bouffarde, J’ai de la porcelaine magnifique, madame, de la véritable porcelaine de Limoges. Regardez les jolis motifs sur ces assiettes ! Des fleurs, des oiseaux, une montagne. Et ces bols, madame, voyez ces écuelles pour la bonne soupe café du matin! Il est pas là le pépé ? Le spécialiste de la bonne soupe-café ?
— Ah, non, il est descendu vers la rivière. Il s’inquiétait du niveau de l’eau  pour les vaches.

--C’est la sécheresse. Mais je vois que votre puits n’est pas encore tari. Bon, revenons à nos chiffons.

Maria ressort aussitôt de son penty chargée de deux sacs volumineux. Le pilhaouer suspend les baluchons l’un après l’autre à son peson et, après un moment de cogitation, annonce :
  ---Vous avez gagné une douzaine d’assiettes et six bols, ma p’tite dame. Par-dessus le marché, je vous mets comme promis une écuelle pour votre père. Ah ! la bonne soupe café du pépé ! Comment il disait déjà? Euh… Du pain, pas trop frais, déchiqueté en petits morceaux, sept ou huit morceaux de sucre, on arrose de café bien chaud,  on laisse tremper, on mélange, on y verse du bon lait bouilli avec sa crème, on tourne avec la cuillère. Et là, on inspire, on renifle la merveilleuse odeur et ON DEGUSTE! c'est bien comme ça qui dit le vieux?
-- Oui, sans doute, répliqua ma tante en souriant.

Allez hue Fleurette! Et voilà l'attelage reparti." A l'année prochaine!"


-